Un peu de sérieux

Attention : Fumer peut provoquer la censure                      LUCKYLUKE.jpg
Bannir la cigarette des films : l’idée a traversé l’esprit d’une ministre et de certains membres la ligue contre le cancer, générant une levée de cendriers des réalisateurs qui improvisèrent une ode à la liberté d’expression contre la censure et les bien-pensants.
Depuis le cow-boy Marlboro, icône de la liberté et du cynisme mercantile, la bataille est engagée entre le richissime lobby du tabac et le bien moins riche lobby de l’anti-tabac. Le cinéma serait-il une victime collatérale ou un allié de circonstance ?
Il est vrai qu’à l’écran, bien avant la merveilleuse invention du placement produit, les stars allumaient leur clope en signe de rebellion et d’indépendance (Humphrey Bogart en sait quelque chose). Oui mais voilà, quelques millions de cancers plus tard, la tige n’a plus tout à fait le même goût. Steve MacQueen l’a peut-être pressenti, lorsque dans les 7 mercenaires (1960), pour attirer l’oeil du spectateur sur lui au détriment de Yul Brynner, il tripote son chapeau comme un signe de manque au lieu d’allumer une cigarette. Sans le savoir, il luttait contre le cancer des poumons, bien avant d’en être atteint.
L’évolution s’est poursuivie. Dans l’Arme Fatale (1987), Mel Gibson, flic dépressif et suicidaire, se réveille au début du film dans sa caravane miteuse en toussant et allume sa clope, flinguant le glamour comme jamais. Deux ans plus tard dans l’Arme Fatale 2, Il mange des croquettes pour tenter d’arrêter de fumer, et il va mieux. Les réalisateurs malins ménagent la chèvre et le chou.
Cependant, dans de nombreux films, la cigarette est encore présente, voire omniprésente. J’ai été un de ceux chez Ipsos qui ont fait cette enquête sur le tabac dans les films, pour le compte de la Ligue contre le Cancer. Nous avons décortiqué à chaque fois les 20 films français ayant fait le plus d’entrées dans l’année, en comptant le nombre de cigarettes, les phrases du genre “Tu veux une clope?”, le nombre de briquets... Le bilan ? Les sucettes à cancer sont omniprésentes dans La vie rêvée de Gainsbourg (logique), Les Petits Mouchoirs ou le Prophète, quasiment absentes des comédies à succès avec (à l’époque) Kad Mérad et/ou Danny Boon et heureusement des films pour enfants. De cette étude pas forcément représentative, on peut en déduire :
-Qu’il y a des cigarettes dans les biopics sur les personnalités qui fumaient, et ça semble logique. Effacer la clope de Malraux comme cela a été fait est ridicule, et même contre-productif, comme le confirmaient les gens de la Ligue que j’avais vus à l’occasion.
-Qu’il y a des cigarettes dans les comédies dramatiques, où l’histoire est censée ressembler à la vie quotidienne, au plus proche des gens. C’est compréhensible, et pas si gênant, parce que c’est la vie. Et puis ces personnages ne sont pas des modèles, mais des gens ordinaires, et la cigarette n’est pas glorifiée dans leur bouche. Tout juste banalisée.
-Qu’il y a des cigarettes dans les films de gangsters “réalistes”, et je trouve ça un peu dommage, même si c’est proche de la vérité. Quand on sait que les véritables gangsters s’identifient aux gangsters des films, au point de vouloir les mêmes modèles de revolvers ou les mêmes costumes, on imagine bien que le public en général copiera les attitudes et les habitudes de ces “Bad Boys”. On pourrait peut-être sauver quelques gangsters du cancer en éliminant les cigarettes de leurs doubles de cinéma, et quelques milliers de jeunes avec...
Les superproductions internationales quant à elles semblent s’éloigner de ce travers. Les gros producteurs ont mis en balance l’image “cool” de la cigarette avec la qualité “tout public” de leurs films, et ont préféré bannir tout problème ou polémique potentielle : pas de sexe, pas de vulgarité, pas (trop) de sang, pas de cigarette. Et puis le placement produit rémunéré de cigarette a été interdit, alors le jeu n’en vaut pas la chandelle.
Quant aux films de moindre qualité et à moindre coût, ils n’hésitent pas, eux, à mettre la clope au bec de leurs acteurs. Peut-être parce que leurs réalisateurs au moindre talent et leurs acteurs trouvent ici un symbole facile et bon marché de la liberté et de la coolitude. N’est pas Steve MacQueen qui veut.
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